Le savoir-faire français dans le domaine de la bijouterie
La bijouterie contribue au rayonnement français depuis de nombreuses années. Comment s'est construit ce savoir-faire ?

Savoir-faire et bijouterie française, une histoire ancienne et qui perdure

La bijouterie contribue au rayonnement international français depuis de nombreuses années. Mais comment s’est construit ce savoir-faire dans le passé ? Si aujourd’hui les secteurs de la bijouterie et de la joaillerie se portent très bien, avec de nombreuses créations d’entreprises dans ce domaine, cet artisanat n’a pas toujours été aussi présent sur notre territoire. D’abord symbole de prestige social, les bijoux ont mis beaucoup de temps à se démocratiser. Très tôt néanmoins, la France s’est vite illustrée comme un pays avec un fort savoir-faire, et cet engouement ne se tarit pas puisque les exportations françaises dans ce secteur restent très dynamiques.

Atelier de fabrication des bijoux Neuf Juillet

Un savoir-faire et une réputation qui se développent dès la Rennaissance

Le bijou, un marqueur de rang social au Moyen-Âge

Si les premiers bijoux connus remontent à la préhistoire, c’est bien au Moyen-Âge que le bijou commence à se développer en France. Réservé à la noblesse et au clergé, il est avant tout un marqueur de rang social. Il faut attendre la Renaissance pour que cet artisanat se développe réellement. C’est également à cette période que les bijoux deviennent plus accessibles, notamment grâce à l’invention du “strass” (un verre dont le plomb est très brillant), qui permet de se détourner des seules pierres précieuses.

Atelier de fabrication des bijoux Neuf Juillet

Un savoir-faire qui se développe durant la Révolution Industrielle

Comme dans de très nombreux domaines, il faut attendre l’avènement de la Révolution Industrielle à partir du début du 19ème siècle, pour voir un réel essor de la bijouterie française. Deux raisons expliquent ce développement. Tout d’abord, les nouvelles méthodes de fabrications permettent de produire des quantités plus importantes, notamment grâce à de nouvelles techniques comme la dorure électrique, ou à la production standardisée des pierres d’imitation. Sans devenir réellement populaire et accessible, le bijou n’est plus réservé aux classes supérieures. L’augmentation continue des capacités de production et la baisse des prix permettent alors de, peu à peu, défaire le lien entre rang social et port de bijoux. Peu à peu, broche, bague et collier ne sont plus des symboles d’appartenance à une certaine élite.

Boucheron, première joaillerie à s'installer Place Vendôme

C’est d’ailleurs durant cette période que les premières grandes joailleries vont voir le jour, et notamment en France. Ainsi, Tiffany est créé en 1837 à New York, par Charles Lewis Tiffany et John Young. Loin de se laisser distancer, l’Europe développe sa maîtrise dans le domaine, et la France et l’Italie construisent déjà leur réputation. Ainsi, Louis-François Cartier créé en 1847 la maison qui porte encore son nom, tandis qu’à Rome naît en 1884 Bulgari, reprenant le nom de son créateur, Sotirio Bulgari. C’est d’ailleurs en 1893 que Frédéric Boucheron installe la première joaillerie Place Vendôme, à Paris.

Déjà, à la fin du 19ème siècle, la réputation française dans la bijouterie dépasse les frontières

Le tournant de l'année 1900

L’année 1900 est un réel accélérateur pour la réputation de la France dans la joaillerie et la bijouterie. En effet, durant l’Exposition Universelle de Paris, puisque Frédéric Boucheron, Gérard Sanox, et René Lalique s’y exposent. Le coup de projecteur porté au savoir-faire de ces joailliers français permet un retentissement international et participe indubitablement à asseoir la réputation de la France dans ce domaine.

Les Guerres Mondiales, des crises à l'origine de la bijouterie fantaisie

La démocratisation du bijou en France est liée aux deux Guerres Mondiales que traverse le pays. Les métaux précieux étant sollicités pour d’autres utilisations, les joailliers et bijoutiers apprennent à développer des bijoux avec des métaux et des pierres moins nobles : la bijouterie fantaisie est née. Les techniques d’industrialisation étant toujours plus performantes, le prix des bijoux baisse considérablement dans les années d’après-guerre, ce qui, couplé à une forte croissance économique, permet à la classe moyenne de s’en offrir et d’en porter au quotidien.

La bijouterie, un vecteur solide du rayonnement artisanal français

Aujourd’hui, le secteur de la bijouterie, joaillerie, horlogerie, représente 2,9 milliards de chiffre d’affaires en France (en 2019), et fait preuve d’un réel dynamisme. Autre signe que la réputation du savoir-faire français ne se tarit pas, les exportations françaises dans ce domaine continuent d’augmenter, et la balance commerciale française reste excédentaire dans ce domaine.

Des créations d'entreprises dynamiques, mais des savoir-faire rares

Pour comprendre la réalité de la bijouterie en France aujourd’hui, il faut se pencher sur ce qu’il reste des savoir-faire sur notre territoire. Alix Barangé, fondatrice de Lune Bleue Bijoux, et Elodie Mégard, fondatrice de Neuf Juillet, partagent leurs expériences et leurs ressentis.

Des savoir-faire absents et des coûts de production très élevés

« Un des autres problèmes est l’absence d’usine d’apprêts en France. Donc les fabricants doivent se fournir auprès de fournisseurs en Europe. En prenant en compte cet élément, nous ne pouvons plus nous présenter comme 100% production française – même si légalement nous pourrions – car le discours serait confus pour le consommateur. Mais on est en quelques sortes contraints d’avoir recours à des fournisseurs étrangers », confie Alix, qui ajoute également « Forcément, fabriquer en France ça a un coût, même si quelques pièces d’apprêts proviennent d’autres pays européens. Ces coûts de production rendent difficile l’équation que je m’étais fixée, de vendre à des prix abordables de la fabrication française. Si j’y parviens, c’est au prix d’une rentabilité moindre, ce qui peut freiner certains créateurs et créatrices de s’orienter vers cette logique ».

L’expérience d’Elodie corrobore cette idée, puisqu’elle indique « Je souhaitais des bijoux totalement fabriqués en France, mais pour des raisons de coûts, j’ai choisi d’avoir des chaînes provenant d’Allemagne. En effet, le fait de me procurer des chaînes en France aurait augmenté le prix de mes bijoux. »

Peu d'ateliers disponibles pour la bijouterie fantaisie

La fondatrice de Neuf Juillet explique que « créer une marque de bijoux fantaisie fabriqués en France implique une volonté forte de vouloir mettre en avant le savoir-faire français et les personnes qui travaillent chaque jour pour faire perdurer cette activité en France. Il faut beaucoup de convictions et d’envie de mener à bien un projet de marque française car les recherches sont longues, les coûts importants, et les questions s’enchaînent. J’ai fait beaucoup de recherches avant de trouver les personnes qui fabriquent aujourd’hui mes bijoux. J’ai trouvé cela compliqué de trouver des fabricants en France pour plusieurs raisons : difficulté à trouver des annuaires regroupant des professionnels du domaine ou tout simplement leurs sites internet (peut-être que ces éléments sont mal référencés sur internet, que je ne savais pas correctement faire de recherches dans ce domaine ou qu’il y en a tout simplement trop peu). J’ai le sentiment qu’en France il y a une majorité de fabricants utilisant des métaux précieux et beaucoup moins de fabricants travaillant dans le domaine de la bijouterie fantaisie. »

Atelier de fabrication des bijoux Neuf Juillet

La Vallée du bijou, une concentration de savoir-faire en Ardèche

Le saviez-vous ? Il existe en Ardèche une concentration de savoir-faire dans la bijouterie, au point où ce territoire est désormais nommé La Vallée du bijou. Dès 1868, un atelier s’installe dans cette région à Saint-Martin de Valamas (là où Neuf Juillet produit aujourd’hui ses bijoux), car les ateliers y trouvent main d’oeuvre et force motrice hydraulique. Depuis, de nombreux ateliers se sont créés, dont Font’Art Créations en 1999, l’atelier avec lequel Elodie Mégard travaille. On y trouve également une pépinière d’artisans bijoutiers, qui se nomme l’Atelier du bijou.

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